Un parc paysager du XVIIIᵉ siècle et ses fabriques néoclassiques
Dans la vallée de la Juine, à quelques kilomètres d'Étampes, le domaine de Jeurre déploie un parc paysager dessiné au XVIIIᵉ siècle. Le château de Jeurre, inscrit au titre des Monuments Historiques, se reflète dans un grand miroir d'eau.
La singularité de Jeurre tient à ses fabriques. Dessinées par le peintre Hubert Robert pour le marquis de Laborde, elles ornaient le parc voisin de Méréville. Rachetées en 1895 lors d'une vente du domaine, elles furent démontées, numérotées, puis acheminées pierre par pierre en chars à bœufs, avant d'être implantées à Jeurre en 1896-1897 par le paysagiste Achille Duchêne.
« Un musée de fabriques à ciel ouvert, au fil de l'eau et des allées. »
Quatre chefs-d'œuvre du jardin pittoresque, sauvés de Méréville et classés Monuments Historiques. Suivez l'allée.
Dessiné par Hubert Robert d'après le temple de Vesta à Rome et celui de la Sibylle à Tivoli, cette rotonde de seize mètres de haut s'écroula une première fois à Méréville en 1788 avant d'être reconstruite. À l'intérieur, Pajou sculpta la « Piété filiale » sous les traits de Natalie de Laborde, fille du marquis, la main posée sur le médaillon de son père.
Élevée en 1787 d'après les plans de l'architecte Bélanger, elle dresse deux fûts de marbre blanc veiné sur un piédestal de marbre bleu turquin, ornés de quatre rostres de bronze et coiffés d'un globe de cuivre. Imaginée pour saluer le départ de l'expédition La Pérouse, elle devint le mémorial des deux fils du marquis, Édouard et Ange-Auguste, disparus en 1786 dans la catastrophe du Port-des-Français, en Alaska.
Un cénotaphe est un tombeau vide, élevé à la mémoire d'un absent : ici le navigateur James Cook, mort aux îles Hawaï en 1779. Sous un portique de quatre colonnes doriques, un buste du marin sculpté par Pajou veille près d'une urne funéraire dont les anses figurent le Regret et la Douleur. L'abbé Delille en a signé les vers.
Inspirée de la laiterie de Rambouillet et construite en pleine Révolution, elle ouvre un portique semi-circulaire de six colonnes ioniques sous une demi-coupole en écailles de poisson. Son nom vient d'un projet resté inachevé : un groupe de marbre représentant une femme donnant à boire à un enfant, jamais installé — le marquis de Laborde fut guillotiné en 1794.
Au fil des allées, le parc a recueilli d'autres fragments d'architecture, sauvés de démolitions parisiennes ou royales.
Vestige de l'aile gauche du château royal de Saint-Cloud, incendié en 1870 puis rasé, il porte l'écu de la maison d'Orléans et des Trophées d'Enfants attribués à Guillaume Cadaine, sculpteur de Monsieur, frère de Louis XIV. Classé Monument Historique en 1973.
Vestige royal · classé en 1973Modèle réduit de la sphère céleste, utilisé depuis l'Antiquité grecque pour figurer la course des astres. Celle de Jeurre date du XVIIe siècle et se dresse au sommet d'une colonne de granit rose.
XVIIe siècle · granit roseLe château, d'abord simple maison bourgeoise en 1792, s'est agrandi au fil du siècle : deux ailes en retour sous le comte Mollien, puis l'avant-corps de l'hôtel d'Anglade, façade ciselée par Coysevox. Les fermes et la conciergerie, de style piémontais, sont nées des croquis rapportés d'exil par Louis-César Dufresne de Saint-Léon.
Inscrits à l'inventaire des Monuments HistoriquesUn marais assaini sous la Révolution, un ministre de Napoléon, puis un sculpteur passionné qui sauva les fabriques d'un parc voisin promis à la dispersion.
Louis-César Dufresne de Saint-Léon, directeur général de la liquidation de la dette publique, acquiert Jeurre. Les terrains sont alors largement inondés : on ouvre en 1792 une rivière, la Jeurre, pour recueillir les eaux des sources. Le château lui-même repose sur pilotis, au-dessus d'une nappe phréatique. Ces travaux d'assainissement rendront possibles les plantations et l'ouverture du parc à la promenade.
Le domaine passe à sa filleule Adèle, mariée au comte Mollien, ministre du Trésor de Napoléon. Le couple lance de grands travaux : les fermes, le pigeonnier et la conciergerie de style piémontais, inspirés de croquis rapportés d'exil d'Italie du Nord. Deux ailes en retour agrandissent le château. Les fermes abritent aujourd'hui encore ceux qui entretiennent le parc.
Alexandre-Henry Dufresne de Saint-Léon, grand prix de Rome de sculpture — certaines de ses œuvres sont au musée d'Orsay — rachète l'ancienne demeure de son oncle. Amateur d'architecture, il profite des démolitions du baron Haussmann pour recueillir à Paris nombre de pièces qui ponctuent aujourd'hui la promenade.
Lors d'une vente du domaine de Méréville, il acquiert du propriétaire des lieux, un négociant en bois, les quatre grandes fabriques d'Hubert Robert. Démontées et numérotées, elles gagnent Jeurre en chars à bœufs, puis sont implantées dans le parc en 1896-1897 par le paysagiste Achille Duchêne.
Les six fabriques du parc sont classées Monuments Historiques ; le château, la ferme, la maison du portier et l'aqueduc sont inscrits à l'inventaire, et le site lui-même est classé. Des allées bordées de buis taillés relient les monuments, à travers soixante hectares plantés des essences rares d'Île-de-France.
Banquier de la cour de Louis XV, né en 1724 dans une modeste famille béarnaise, il bâtit une fortune considérable dans le commerce transatlantique. Nommé marquis, il acquiert Méréville et s'entoure des plus grands artistes du temps pour y créer le plus beau parc de son époque — un chantier qui mobilisera près de sept cents ouvriers. Il fut guillotiné en 1794.
Surnommé « Robert des ruines » pour son goût, acquis à Rome, des scènes de vie parmi les vestiges antiques. Dessinateur des jardins du Roi, il aménagea le hameau de la Reine à Trianon. Méréville est considéré comme l'endroit où son imagination put se déployer le plus librement. Le Louvre et l'Ermitage conservent ses œuvres.
Ces constructions ornementales rythment la promenade et articulent les points de vue d'un parc paysager. Jean-Marie Morel les définissait en 1776 comme les bâtiments que l'industrie humaine ajoute à la nature pour l'embellissement des jardins. Nées en Angleterre sous le nom de « follies », elles atteignent leur apogée en France au XVIIIe siècle.
Le parc est ouvert au public du mardi au samedi. Il suffit de se présenter à l'entrée : billetterie sur place, règlement en espèces.
La visite reste possible en dehors de l'été, sur réservation préalable auprès de l'Office de Tourisme de l'Étampois Sud-Essonne — 01 64 94 99 10.
Entrée libre les 19 & 20 septembre — Journées européennes du patrimoine
Les groupes sont accueillis toute l'année, sur demande auprès de l'Office de Tourisme.
Par l'A6 puis la RN 20, ou par le train jusqu'à Étampes. Le parc se trouve sur la commune de Morigny-Champigny.
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